« Interdit aux chiens et aux Italiens », en pâte molle – Libération –.

« Interdit aux chiens et aux Italiens », en pâte molle – Libération –.
« Interdit aux chiens et aux Italiens », en pâte molle – Libération –.
--

Alain Ughetto revient sur son histoire familiale d’immigrés piémontais avec des marionnettes. Un élégant jeu d’enfant trop sentimental.

Il aura fallu près de neuf ans à Alain Ughetto pour mener à bien la recherche, l’écriture et la réalisation de ce film en stop motion c’est-à-dire avec des marionnettes animées image par image selon la même technique utilisée par un Wes Anderson dans Fantastique M. Fox. Interdit aux chiens et aux Italiens. Pour l’auteur, c’est un retour aux origines de l’installation familiale en France du Piémont, une migration actualisée par un dialogue entre lui aujourd’hui, un homme mûr, et sa grand-mère dans sa jeunesse, Cesira (à qui Ariane Ascaride prête sa voix à ), mais surtout à travers cet étrange petit théâtre spasmodique de figurines en pâte à modeler, aux yeux ronds et comme dans un état de stupéfaction perpétuelle, pris au piège des soubresauts de l’histoire et obstinément à la recherche d’un meilleur endroit où vivre et s’installer. C’est une petite histoire personnelle d’une lignée a priori peu glorieuse, ces « petites vies » à la Pierre Michon, figurant dans les tableaux statistiques du travail en temps de paix et des recrues en temps de guerre. Alain Ughetto, comme il le raconte dans une interview, a un penchant de longue date pour le cinéma et la littérature italienne qu’il ne rattache pas particulièrement à des origines volontairement tues par les anciens, qui ne cherchaient qu’à s’aligner et à se faire oublier.

A partir de là, les décors, les costumes, les figurines elles-mêmes, sont le résultat d’un ensemble biographique plein de silences, de lacunes, plein de mémoire et d’idéalisation. C’est la force et, disons, la limite du film. On est d’abord séduit par un geste élégant d’artisanat et de recyclage (des sucres représentant un mur, un brocoli une forêt, etc.) où la main du cinéaste s’insère dans l’avion pour déplacer des éléments. Mais le décor de ce jeu d’enfant et le ton de l’histoire, tiré d’une sentimentalité un peu doucereuse, finissent aussi par créer une atmosphère paradoxalement suffocante quand on imagine une ouverture romantique, des destinations frappées par la singularité des parcours et dont on devine le caractère fort à travers les quelques photos que le cinéaste interpose dans son film. C’est le rapport au « petit » (et son corollaire « le mignon ») comme essence transversale et des vies racontées et du rapport d’échelle des figurines qui est questionné et ce que certaines scènes viennent soudain contredire (le montée du fascisme, un duel). Michon joue précisément avec l’écart entre le destin invisible et l’irruption soudaine du sublime anonyme. Au contraire, Ughetto fait rentrer la fresque dans le coffre à jouets.

Interdit aux chiens et aux Italiens. de Alain Ughetto, avec Ariane Ascaride, 1h10
 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

--

NEXT En lice pour les Oscars, un court-métrage pour « la cause des femmes iraniennes » – .